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LES MUREAUX 115 DU 19 MAI 1940


Un fidèle visiteur de notre site, M Nicolas BERNARD nous  fait l'honneur de partager le fruit de ses recherches à propos de  2 "Mureaux 115". Ces avions de reconnaissance du Groupe Aérien d'Observation 501, furent abattus par 2 Messerschmitt BF 109 le 19 mai 1940 au dessus d'Amiens. Somme Aviation 39/45 n'a pas participé à cette enquête mais a avons jugé intéressant de faire figurer  ce texte dans nos pages. Cette histoire montre l'obsolescence de notre aviation  au début de la guerre. Elle  témoigne  de la bravoure de nos aviateurs qui, au péril de leur vie et  sachant le combat perdu d'avance, s'aventuraient  dans ces "coucous" d'un autre âge pour défendre le pays. Pour information, les Allemands remportèrent leur première victoire de la seconde guerre mondiale sur l'aviation française le 8 septembre 1939. C'est le Mureaux 115,  n° 15 du GAO 533 parti en reconnaissance au dessus du terrain de Karlshure qui fut la victime du Messershmitt  BF 109 D du 11 (N)/JG 72, piloté par le leutnant Paul Eberhard Gutbrob . L'observateur, le sous lieutenant Jean Davier et le pilote, le sergent chef Simon Piaccentini perdirent la vie dans le crash de l'appareil.

Une mission qui tourne mal


Des attaques de la Luftwaffe sur la ville d’Amiens et ses alentours, précédent l’arrivée de l’armée allemande. Au début de la guerre, l’aviation allemande remplace l’artillerie lourde. Elle effectue le même travail, plus rapidement et avec une précision suffisante. Elle ouvre la route aux blindés, et constitue l’un des éléments indispensables de la « guerre-éclair ».
En ce 19 mai 1940 il fait beau. Une attaque aérienne allemande vient affecter la ville d’Amiens, par le nord-ouest. Il s’agit de 3 vagues de bombardiers Heinkel He III.
Deux appareils français du GAO 501 (Groupe Aérien d’Observation), des vieux Mureaux 115 R2 B2, se trouvent dans cette bagarre. Ces avions font partie des 6 Mureaux GAO 501 qui effectuent le déplacement du lieu de leur stationnement de Dunkerque vers Montdidier. Finalement, ces 2 aéronefs engagent un combat inégal face à une formation de 6 Messerschmitt Bf 109. A la suite d’un court combat, les 2 Mureaux 115, qui volent depuis 45 minutes, sont abattus. A noter qu'en cette période, le commandement utilise ses Mureaux uniquement pour les missions de transport et de liaison.


Le Mureaux 115 N° 91

L’un d’eux, le Mureaux 115 N° 91, vient s’écraser en flammes près de l’église du Cœur Immaculé Conception de la rue de Cagny à Amiens. Le 91 est piloté par le commandant du GAO Henry Moguez et le sous-lieutenant Victor Paquez. Ces 2 aviateurs sautent en parachute à très basse altitude, et sont recueillis par des habitants du quartier. Ils sont grièvement brulés aux mains et au visage par l'explosion du réservoir. Mitraillés par les Messerschmitt pendant leur descente en parachute et au sol, ils survivent de leurs blessures.


Bombardiers Heinkell 111

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Emblême du GAO 501

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Aviateurs du GAO 501 : 1939-1940 (Coll: P.Costelle)

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Le commandant Moguez, pilote du 91

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PC du groupe (Coll: H.Moguez)
Le 501 est surnommé le "Lion Ailé des Flandres". Il est basé à Dunkerque-Mardyck.

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Le second Mureaux 115, N° 51

L’autre appareil français, prenant la direction du Mont Joie vers Boves, tombe juste après le territoire de Cagny. L'aéronef est piloté par le sergent chef Cocu, accompagné du sergent chef Canonne. Ces 2 aviateurs volent ensemble pour la première fois.

Il s’agit du Mureaux 115 N° 51. Attaqué à très basse altitude (autour de 300 m) par 2 chasseurs allemands, il tombe et capote entre Cagny et Boves vers 12h50, dans la pâture de M. Bralerait. Cette pâture se situe sur la colline face au cimetière et aux ruines de Boves, au sud de la route qui mène à St Fuscien.

Une ambulance militaire française, passant à proximité, apporte immédiatement son aide. Le pilote sergent chef Pierre Cocu blessé, est retrouvé 8 jours plus tard à l'hôpital de Vernon (27), amputé du pied droit. Il a reçu un balle dans le talon.

L'observateur sergent chef Jean Emmanuël Gilbert Paul Canonne, initialement engagé à Reims dans la section parachutiste, est tué. Agé de 25 ans, il était marié à Noelle Bellengier. Il est d'abord inhumé sur place puis enterré en août 1940 au cimetière communal de Boves. C'est en janvier 1949 que son corps est transféré par la famille au cimetière d'Ascq (aujourd'hui Villeneuve d'Ascq 59). Cité à l’ordre de l’Armée, il est décrit de la manière suivante : "Canonne Jean, sergent, groupe aérien 501, sous officier d'une  grande bravoure. Son équipage ayant été attaqué par un groupe de 6 avions de chasse, s’est défendu à la
mitrailleuse jusqu’à l’atterrissage de l’avion dont le pilote avait été blessé grièvement, a été tué glorieusement alors qu’il mitraillait encore, au sol, les chasseurs ennemis."

Le sergent chef Cocu est démobilisé le 27 juin 1940. Après la guerre, il poursuit sa carrière militaire dans l'Armée de l'Air. Il termine sa carrière au grade de capitaine, en tant que commandant adjoint de la base aérienne 277 à Varennes sur Allier. Il est détenteur de la Croix de guerre 39-40 avec 2 palmes, Chevalier de la Légion d'Honneur, Croix du Combattant, médaille des blessés et Médaille Militaire.

Jean Canonne (Coll: J.Loyez)

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Sergent Chef Pierre Cocu (décédé en 1971-Collection P Costelle)

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Citation pour la Médaille militaire du Sergent Chef Pierre Cocu, 1er juillet 1940 : "Excellent sous- officier qui s'était déjà mis en valeur par plusieurs liaisons exécutées en Belgique dès le début des opérations actives.

Le 19 mai 1940 a été grièvement blessé dans un combat aérien contre des adversaires supérieurs en nombre."

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Les restes de l' avion des sergents chefs Canonne & Cocu (Marquage sous les ailes X51 - 35) (Coll: M.Pilot)

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Photo prise fin 1940- début 1941 par les soldats du Flak Abteilung 405; Vue de la tombe initiale du sergent chef Jean Canonne (Coll: photo de l'auteur)

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Les Messerschmitt BF 109 et leurs pilotes

Les vainqueurs de ce combat sont les Leutnants Ludwig « Zirkus » Franzisket (Un As qui totalise 43 victoires) et Erwin-Günter Mann, pilotes dans la Luftwaffe ayant remporté chacun une victoire vers 13h50 (heure allemande) sur Amiens contre 2 Mureaux… Ils appartiennent à la JG1 (Jagd Geshwader). A la fin de la guerre, cette unité d’élite sera la seule à être équipée des Heinkel He 162 à réaction.

Les conséquences de la perte des Mureaux 115 et celles du bombardement du 19 mai 1940

Le compte rendu détaillé des pertes de l'équipage français conclut : "Le Mureaux 115 R2 B2 n'est plus à utiliser en temps de guerre". De plus les rapports font état de la non-utilisation de la radio pour communiquer entre les airs et le sol, de la ressemblance des adversaires au sol (particulièrement des blindés), de la valeur du camouflage et de la puissance de la DCA allemande... surtout de petit calibre !

Le bombardement du dimanche 19 mai ne fait aucun dégât sur le village de Cagny. En revanche, la population songe déjà à quitter les lieux, et se dirige vers le sud, loin des attaques aériennes et offensives terrestres.

Leutnant Ludwig "Zirkus" Franziket 1917/1988

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Le leutnant Ludwig "Zirkus" Franzisket à bord de son BF 109 en 1944

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Pièces du Mureaux 115 n° 51, don de M Bralerait au fils du Sgt Chef Canonne (Coll J Loyez)

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Faire part mortuaire du Sgt Chef Canonne

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Le Sgt Chef Cocu (pilote) & un observateur du GAO 501 à bord d'un Mureaux 115 (Coll: P.Costelle)

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Souvenir d'un Mureaux 115
La montre LIP type 14 récupérée par le Sgt chef Cocu
(Coll: P.Costelle)

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Carte de la RAF 1940 - Feuillet N°8
Autour de Cagny, l'aérodrome de Glisy, et les pistes du Mont-Joie (Coll: N.Bernard)

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Textes de M Nicolas Bernard (sauf 1er paragraphe par Michel Lespagnol)
Documentation photographique M Nicolas Bernard
Mise en page Michel Lespagnol

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