L’EXCAVATION – Occoches le Dimanche 11 décembre 2005

 

Préambule :

 

Les archives du Public Record Office de Kew, près de Londres, nous ont apporté des précisions sur la façon dont s’était déroulé le raid mené le 13 mai 1943 sur les usines d’avions Potez de Méaulte par 88 B17 "Forteresse" de la 8ème Air Force des USA. Les chasseurs allemands de la JG 26, de la JG 2 et de la JG 27 avaient attaqué ces bombardiers lourds ainsi que l’escorte de chasse de la RAF chargée de les protéger.

 

Nous avions trouvé l’histoire survenue aux 3 B17 perdus (Allery, Amplier, Lucheux) et nous avions appris que la RAF avait perdu 5 Spitfire Mk IX.

 

Nous connaissions le sort de trois de ces chasseurs britanniques mais pour les deux derniers, nous ignorions le lieu de leur crash :

 

 

Spitfire Mk IX # BS 430 S/Ldr F. H. Boulton Squadron 416

Spitfire Mk IX # BS 410 F/O P. Kuryllowicz Squadron 315

“It is believed this section of S/Ldr Boulton and Sgt Mc Kim were bounced at about Doullens approx. 16h40”.

 

 

Cette information laissait penser qu’il y avait de fortes probabilités pour que ce soit bien l’avion du S/Ldr Boulton qui était tombé à Occoches.

 

 

Pourtant dans ce petit village d’Occoches, la rumeur disait que le pilote de cet avion qui s’était parachuté et qui avait été fait prisonnier par les Allemands était un Polonais !

Plusieurs habitants du village dont Jean Brasseur, Gabriel Sueur et Mr Mentaverry connaissaient le point de chute précis de l’avion.

 

 

Nous étions donc restés dans le doute en ce qui concernait le Spitfire Mk IX enfoui dans ce marais d’Occoches : Squadron 416 ou Squadron 315 ?

 

 

Cette incertitude allait être levée grâce aux informations fournies par plusieurs personnes. Laurent VITON (passionné par l’histoire de l’aviation) transmettait à Pierre BEN les coordonnées de l’historien Polonais Wojtek MATUSIAK (auteur de plusieurs ouvrages sur la chasse polonaise) qu’il savait détenir des informations sur le pilote du Squadron 315 dont le Mk IX était enfoui dans le marais d’Occoches. Pierre BEN entrait alors en contact avec Wojtek MATUSIAK qui lui communiquait les coordonnées du F/O Piotr Kuryllowicz ainsi que quelques photos du Squadron 315.

Les recherches entreprises par la suite par Pierre Ben et sa petite équipe, formant la toute nouvelle association "Somme Aviation 39-45", allaient confirmer l’exactitude de ces informations et donner naissance à une grande aventure humaine.

 

 

Pierre Ben réussit à contacter au Canada, via internet, le F/O Kuryllowicz, ancien pilote de ce Squadron 315 – Squadron polonais de la RAF – abattu le 13 mai 1943 au-dessus de notre région.

 

 

Les nombreux contacts entre les deux hommes et la description de l’environnement du lieu de parachutage faite par Piotr Kuryllowicz aboutirent finalement à la probabilité, mais pas à la certitude, qu’il s’agissait bien de ce pilote qui était tombé à Occoches.

 

 

En effet, le F/O Kuryllowicz, s’il ne savait pas du tout où il était tombé, racontait qu’il avait été emmené avec d’autres parachutistes (américains) et en particulier un aviateur allemand mort, dans un camion.

Cette histoire venait corroborer ce qu’avaient jadis raconté des Doullennais au sujet des suites de ce combat aérien et de la présence d’un aviateur allemand décédé (probablement celui tombé au Petit-Occoches), semblant ainsi confirmer l’hypothèse qu’il s’agissait bien de « notre homme ».

 

 

Le récit de son arrivée en parachute sur le sol correspondait également au témoignage de Jean Brasseur qui avait couru ce 13 mai 1943 jusqu’à ce parachutiste tombé vers le nord du village d’Occoches…mais tout cela ne constituait pas une certitude absolue.

 

 

Pierre Ben décida donc un beau jour de tenter d’extraire les restes de ce Spitfire Mk IX tombé dans les marais d’Occoches.

Après un contact avec Gabriel Sueur, ancien témoin et avec l’accord de Joël Patte, le maire du village, la décision fut prise d’entreprendre les recherches.

 

 

Afin d’identifier avec certitude ce Spitfire, il ne nous restait plus qu’à espérer exhumer le serial de cet avion. Vœux optimiste mais sans aucun espoir sérieux car jusqu’alors ce genre de preuve n’avait encore jamais été retrouvée par la petite équipe.

 

 

Récit de l’excavation – Dimanche 11 décembre 2005 :

 

 

Il est 9 heures du matin lorsque la petite équipe arrive sur les lieux, dans les marais d’Occoches. Il a gelé à – 4°C mais le ciel est d’un beau bleu azur.

 

 

Nous assistons au spectacle extraordinaire du soleil qui se lève dans la brume et nous laisse découvrir un grand cratère dans le sol, toujours présent 62 ans après le crash !

 

 

L’eau qui a rempli le cratère a également gelé, ce qui laisse présager de grosses difficultés.

De nombreux habitants du village sont déjà sur les lieux.

 

Après avoir creusé une tranchée pour faire s’écouler l’eau du cratère et après que Ghislain Lobel et Joël Scribe se soient assurés une nouvelle fois qu’il s’agit bien de l’emplacement du crash, le grutier va commencer à creuser, mais rapidement son engin s’enlise. Il faudra le tirer avec un tracteur puis il parviendra à trouver une place plus stable et moins mouvante afin que l’excavation puisse se poursuivre.

 

Nous retrouvons de nombreuses petites pièces en bon état mais le moteur s’est disloqué. Le choc a du être d’une extrême violence.

 

Et puis, surprise extraordinaire, nous exhumons des fragments métalliques recroquevillés qui laissent apparaître des traces de chiffres et de lettres qui nous permettent de reconstituer l’inscription suivante : BS 410

 

Il s’agit du serial number du Spitfire Mk IX appartenant au Squadron 315. Cet appareil était piloté par le F/O Kuryllowicz !

 

Les fragments métalliques retrouvés sont bien évidemment couverts de terre et en très mauvais état mais ils vont retrouver un aspect originel fascinant après l’intervention de notre orfèvre Albert Berthet.

 

Cerise sur le gâteau : dans le fatras de pièces et de boue, l’écusson polonais du Squadron 315 sera également retrouvé !

 

A signaler également, un petit morceau de la cocarde de la RAF et parmi les nombreuses pièces de l’avion retrouvées, la présence du fameux crowbar (sorte de pied de biche se trouvant fixé à l’intérieur de la porte du Spitfire.

 

Le F/O Kuryllowicz avait raconté, avant l’excavation, qu’il avait eu la vie sauve grâce à ce crowbar dont il s’était servi pour débloquer sa verrière coincée, afin de pouvoir quitter l’avion et sauter en parachute.

 

Pierre Ben pense donc immédiatement que ce serait un extraordinaire souvenir à offrir à ce pilote polonais lorsqu’il viendra sur place, à Occoches, au mois de mai 2006.

 

Les recherches se poursuivront tout au long de la journée jusqu’à une profondeur d’environ 6 mètres.

 

Cette extraction est un succès total car elle a permis d’identifier avec certitude le Spitfire Mk IX tombé ce jeudi 13 mai 1943 dans les marais d’Occoches.

 

Les membres de la petite équipe de Pierre Ben on procédé au nettoyage des pièces et Albert Berthet redonnera à certaines d’elles une nouvelle jeunesse.

 

Témoignages

 

Jean Brasseur habitant d’Occoches, âgé de 13 ans en 1943, vit cet avion s’écraser dans son village mais il vit également le pilote sauter en parachute. Il courut avec d’autres jeunes vers ce dernier qui se posa à proximité du bois des Bouloies (appelé communément par les habitants bois de l’ébouloir), bois situé entre Neuvillette et Occoches.

 

Parachute accroché dans un arbre, le pilote blessé, assis à terre, essayant de se débarrasser de ses harnais … mais au moment où ces jeunes approchent de lui, les militaires allemands arrivent eux aussi par le chemin de Neuvillette … faisant fuir les jeunes gens.

 

Le lieu précis de la chute de cet aviateur se situe à l’angle Ouest de ce bois.

 

Le témoignage recueilli par Pierre Ben auprès du F/O Kuryllowicz correspond parfaitement à celui de Jean Brasseur.

 

Il raconte être tombé dans un bois non loin d’une zone de terrain accidenté ce qui correspond parfaitement à l’espace de cette zone se trouvant entre ce bois et Occoches.

 

Il se rappelle très bien de l’arrivée de jeunes gens ayant dû rebrousser chemin à cause de l’arrivée des militaires allemands.

 

Il se souvient également avoir vu descendre d’autres parachutistes qui ne peuvent être que ces aviateurs américains provenant du B17 tombé à Lucheux.

 

Dernière interrogation cependant à laquelle nous n’apporterons probablement jamais de réponse :

 

Par qui le Spitfire Mk IX du Squadron 315 piloté par le F/O Kuryllowicz a-t’il été abattu ?

 

A-t-il été abattu par l’un des chasseurs allemands qui attaquaient le B17 tombé à Lucheux où n’aurait t’il pas été abattu par le tir des mitrailleurs américains se trouvant à bord de ces B17 qui survolaient alors la région nord de Doullens et qui faisaient feu de toutes leurs armes pour se défendre ? 

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