Messerschmitt Bf 109 F-4 / Wnr 8338 - 1 / JG2 (Caours)

Les recherches

Messerschmitt Bf 109 F-4 / Wnr 8338

8 blanc du 1er Staffel du Gruppe I de la JG 2

Pilote : Uffz Fritz Herke

Tombé le vendredi 5 juin 1942 sur le territoire de Caours

 

Résumé de Pierre Ben et Jean-Pierre Ducellier

 

En 2005, Georges Pontier de Hautvillers-Ouville qui avait participé à la localisation d’un FW 190 tombé dans son village le 26 mars 1942 avait signalé à Pierre Ben qu’il savait qu’un autre chasseur allemand s’était écrasé, lui, dans une pâture à Caours mais sans autres réelles précisions.

En novembre 2009, lors de la fouille effectuée à la recherche de ce FW 190 de Hautvillers-Ouville, Georges Lefebvre habitant de Drucat qui avait eu son père tué lors d’un mitraillage en gare d’Abbeville le 12 février 1943, était venu sur place et avait dit à Pierre Ben que ce chasseur allemand tombé à Caours se trouvait sur la propriété de Monsieur Philippe Flandrin qu’il connaissait d’ailleurs bien.

La rumeur locale laissait entendre qu’il s’agissait d’un FW 190 et que le pilote avait été retrouvé mort à quelques centaines de mètres de la zone de crash.

Début décembre 2009, la petite équipe de Pierre Ben se rendit ainsi dans la propriété de Monsieur Philippe Flandrin qui accueillit très volontiers ces passionnés d’histoire et d’aviation.

Sur place, la localisation du point de chute fut très facile. En effet, l’impact était resté tel quel et l’eau tombée depuis quelque temps remplissait la zone creuse. La pâture se situait à 20 mètres environ du cours d’eau du Scardon. La géologie du sol était donc favorable et il était permis d’espérer que les pièces trouvées seraient en bon état de conservation.

 

Une multitude de pièces fut trouvée sur la périphérie de l’impact mais pas de pièces typiques pouvant permettre d’identifier précisément un type d’appareil.

Le 1er mai 2010, une seconde reconnaissance était tentée. L’eau avait disparu.

Une recherche à la bêche sur un mètre de diamètre et un mètre de profondeur fut effectuée. Cette fois, une grande quantité de pièces fut trouvée, dont un morceau de fer rond que Pierre Ben identifia comme étant un fragment d’arbre à came de moteur en ligne … Mais, la rumeur locale avait indiqué un FW 190 … Donc avec un moteur radial !!!

Un peu plus tard fut trouvée une partie du train d’atterrissage et une pièce en forme de colimaçon.

Le 2 mai, Pierre Ben rencontra Jean-Michel Goyat (spécialiste des Bf 109) qui confirma immédiatement et sans aucune hésitation qu’il s’agissait bien d’un Messerschmitt Bf 109. La pièce en colimaçon était typique d’un moteur Daimler-Benz et la partie du train provenait bien d’un Bf 109.

Samedi 8 mai 2010

Nous sommes partis pour Caours où nous sommes arrivés vers 12h30. Nous avons, à notre tour, fait la connaissance du propriétaire du Château de ce village, Philippe Flandrin qui savait donc de par son père qu’un chasseur allemand était tombé dans l’une de ses pâtures.

Propriété d’une quinzaine d’hectares de prairies sur le côté du Château. Le problème était cependant que le point de chute de l’avion ne se trouvait qu’à environ une vingtaine de mètre de la rivière "Le Scardon".

Par contre, Pierre Ben avait eu la chance qu’une entreprise devant travailler localement en début de semaine avait entreposé sa grue dans cette propriété et c’est ainsi que ce châtelain avait demandé au responsable de cette dernière s’il pouvait effectuer le travail.

La petite équipe de Somme-Aviation 39-45 était présente. A l’exception de Amédée de Francqueville du Château d’Havernas qui avait pris d’autres dispositions. Il y avait donc Alain Boutté, Nelly sa compagne, Pierre Ben, Guy Troché, Albert Berthet, Ghislain Lobel, Isabelle Penot, Jacky Faudé, Fabrice Fourdrain, Gérald Frion, Jean-Michel Goyat, Philippe Flandrin (le propriétaire de ces lieux), Dany Dheilly, Jean-Luc Brard, Jackie et Jean-Pierre Ducellier et quelques autres.

Le début de la fouille commença facilement étant donné le terrain très meuble mais ainsi que nous le redoutions, très vite, le niveau de l’eau monta dans l’excavation faisant vases communicants avec la rivière et remplit progressivement le trou au fur et à mesure que l’engin poursuivait son travail. Une demi-heure après le début des travaux, le godet disparaissait dans l’eau boueuse. Le grutier dut donc poursuivre son travail en aveugle, immergeant totalement son godet et une grande partie du bras de la grue dans l’eau … Descente d’après ce grutier à environ 4,50 mètres …

Recherche des pièces dans la boue, les bottes ne suffisaient plus et il fallait des cuissardes.

L’état des pièces était en contrepartie, excellent.

Poursuivant la recherche, deux pales d’hélice furent découvertes.

Pales beaucoup moins larges que celles retrouvées habituellement au cours des crashs de Bf 109 de type G6, assez répandus dans la région.

Le doute s’installait maintenant sur le type de Bf 109. De quel type de 109 pouvait t’il donc s’agir ?

Puis soudain, l’étambot du Messerschmitt fut sorti de l’eau boueuse et là, surprise : la roulette était rentrante et il y avait deux renforts de chaque côté situés entre l’étambot et le fuselage.

Il s’agissait donc obligatoirement d’un Bf 109 de type F, ce qui situait donc le crash en 1941 ou 1942.

Entre 1 200 kg et 1 400 kg de pièces ont été estimés avoir été remontés. Impossible de tout énumérer … Citons néanmoins :

Deux pales d’hélice complètes et une partie de la troisième ;

Les bouteilles d’oxygène de couleur bleue ;

Des bouteilles à air comprimé ; L’étambot avec la roulette complète et le vérin de rétraction ;

Le compas ;

Le collimateur assez explosé ;

Le manche de type KG 12 ;

Une partie de la commande de compensateur ;

Des munitions de 7.92 mm et de 20 mm ;

De la toile jaune de la gouverne de direction ;

Une jambe de train complète et une partie de l’autre avec les moyeux de roue ;

La "carte d’identité de l’avion" : une plaque cartonnée et protégée par un revêtement plastique transparent. Sur cette plaque : Le Werk Nummer de l’avion, son immatriculation lors de sa sortie d’usine. Découverte exceptionnelle restaurée par Albert Berthet ;

Diverses plaques d’identification : Plaque de la radio revêtu de l’inscription "Bf 109 F2" (les radios des F4 étaient en effet similaires à celles des F2), Plaques de moteur avec le WrNr du moteur ;

Le magnifique insigne Mercedes-Benz qui se trouvait à l’avant du moteur ;

Des plaques de constructeurs sous-traitants de Messerschmitt comme ERLA de Leipzig et encore des plaques de la marque ARADO ;

Des boucles de ceinture du pilote ;
La prise de la radio FuG VII a (en bakélite) ;

Les deux trappes de marchepied, trouvaille étonnante ;

Le moteur DB 601 E-1 / W. Nr 69064, en bon état ;

Le mécanisme du compresseur d’air ;

Beaucoup de tôles du fuselage, facilement identifiable pour un spécialiste comme Jean-Michel Goyat ;

Diverses plaques d’indentification ;

Diverses pièces de commandes de gouvernes ;

Charnières de commandes de gouvernes, d’ailerons de volets, radiateurs d’eau et d’huile avec les plaques d’identification ;

Longerons d’ailes.

Cependant, quelques pièces resteront au fond de l’excavation. En effet, il fut impossible de poursuivre les recherches, l’eau de la nappe dépassant rapidement le niveau du sol. La pompe à injection, le réducteur du moteur et le moyeu d’hélice, entre autres pièces, n’ont ainsi pas pu être récupérés.

En tout cas, cette journée fut riche en intérêt.

La découverte de tous ces détails, du type de matériel et du numéro de série concernant cet avion permirent ainsi d’établir avec certitude et grâce aux recherches effectuées par Pierre Watteew sur la JG 2 que ce Messerschmitt Bf 109 tombé à Caours était bien le :

Messerschmitt Bf 109 F-4 WrNr 8338

8 blanc du 1er Staffel de la JG 2

Son pilote était l’Uffz Fritz Herke.

Ce chasseur allemand avait ainsi été abattu sur le territoire de Caours le vendredi 5 juin 1942, son pilote ayant trouvé la mort lors de ce crash. Probablement en ayant sauté trop tard de son avion.

Philippe Flandrin et son épouse nous reçûmes ensuite en nous offrant le champagne pour fêter ainsi cette recherche fructueuse sur le plan historique.

Nos recherches à Londres aux National Archives allaient nous permettre de connaître de manière un peu plus précise ce qui s’était déroulé dans le ciel d’Abbeville et de Caours ce vendredi 5 juin 1942 …

 

C’était au cours du Circus 188 …

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