Recherches

Rapport réalisé par Jean-Pierre Ducellier

 

Frédéric Carré, un ami de Pierre Ben, ancien armurier sur Mirage 2000 et maintenant responsable de maintenance sur Airbus, natif de DOMFRONT dans l’Oise lui avait parlé il y a quelques années d’un avion allemand tombé dans son village.


Un dimanche après-midi Pierre Ben avait alors emmené son ami survoler les lieux, puis quelques mois plus tard deux autres amis de l’Oise, Dominique Lecomte et Eric Fardel s’étaient intéressés à la question et avaient retrouvé une autre personne, Mr Doublet, qui avait pu leur donner quelques renseignements en se rendant sur les lieux avec un témoin et son fils.


Cette petite équipe lors de leur reconnaissance avait trouvé quelques pièces qu’ils avaient demandé à Pierre Ben d’identifier.


Le 29 octobre 2011, rendez-vous était pris avec eux sur le terrain. Grâce au détecteur de masse, la zone d’impact pouvait être confirmée. Pierre Ben identifiait les pièces trouvées comme étant des pièces provenant de moteur BMW 801.

Le témoin pensait alors à un chasseur… la piste était donc d’abord orientée vers un FW190 A.

La petite équipe d’amis se rendit ensuite chez le propriétaire du champ, Mr Fromage. Ce dernier leur indiqua que lors de années 50, il avait récupéré un moyeu à trois pales. Mr Huchez, l’un des témoins, n’avait à l’époque que 4 ou 5 ans. Il était venu avec ses parents voir l’épave quelques jours après la chute de cet avion, un dimanche où il faisait beau… Il pensait ainsi que ce crash avait pu se produire fin août 1944. Quand à Mr Mercier, celui-ci se souvenait que son père lui avait dit que cet avion était tombé le matin, mais sans se rappeler d’une date précise.

 

Des suites du premier témoignage, tous pensèrent qu’il pouvait s’agir d’un FW190 A8 tombé lors des combats du 25 août 1944. Rendez-vous fut donc pris pour le 9 septembre 2012, pour effectuer des recherches plus approfondies. L’impact était assez large mais grâce à Mr Doublet l’équipe disposait d’une mini grue. Après avoir gratté le sol beaucoup de pièces brûlées seront découvertes ainsi que plusieurs morceaux de moteur BMW 801. puis apparaîtra une jolie pièce : un compas de navigateur … Surprenant pour un chasseur monoplace !!! De nombreuses pièces étaient en mauvais état probablement à cause de l’incendie de l’avion mais surtout à cause du sol très dur et argileux. Deux masselottes d’équilibrage de commande très rouillées seront ensuite trouvées. Le moteur était sorti en morceaux. Tous les cylindres étaient séparés du bloc moteur. La fouille se poursuivra à proximité… espérant trouver, par exemple, un train d’atterrissage… Non toujours des pièces de moteur et surtout des munitions de 13mm… mais que du 13mm. Rien d’autre. 13mm. Munitions certes se trouvant sur les FW190 A8 mais bizarrement aucune trace de munitions de 20mm des canons MG 151/20 ! Mais voici qu’une autre grosse pièce se profile… Et quelle surprise ! Il s’agit d’un deuxième moteur BMW 801 avec le moyeu et encore quelques cylindres sur le bloc moteur. C’est la première fois que l’équipe trouve ce jour une telle pièce en un seul morceau. Plus de doute bien sûr. Il ne s’agit pas d’un FW190 !!! Pierre Ben après avoir contacté Claude Archambault pense alors que cet avion allemand pourrait être un Dornier 217, un Ju 88 ou encore un Ju 188E, bref un bimoteur équipé de moteurs BMW 801 et de mitrailleuses MG 131. au cours de l’hiver, pierre Ben se mettra à trier et à nettoyer ces restes. Beaucoup de pièces sont brûlées et très oxydées. Néanmoins les deux masses d’équilibrage de commande certes rouillées, laissent deviner un numéro très important : le numéro 88. pas de doute après expertise de Jean-Michel Goyat qui s’était procuré pour la cause une revue technique avec les nomenclatures du Junker 88, il s’agit bien de pièces de Junker 88 ou peut-être éventuellement de Junker 188 E car beaucoup de pièces sont communes aux deux avions. Pierre Ben a également en sa possession une biellette de commande de palonnier avec le haut du n° 88 ainsi que deux ailettes de refroidissement du moteur et quelques morceaux de plexiglass, deux pièces en aluminium fabriquées à Esslingen. Rien cependant dans les archives ne permet à ce moment de dater un tel crash et 70 ans après la guerre, les témoignages deviennent de plus en plus difficiles à obtenir et c’est bien là le problème.

 

Claude Archambault qui pensait à un Junker 88 S1, au cours de ses échanges de courriels avec Pierre Ben, lui conseilla de se rapprocher d’un historien hollandais, Marcel Van Heijkop, spécialisé dans les recherches sur le groupe allemand KG66. Alain Boutté entra en contact avec ce dernier via un forum sur internet. Cet historien étayera la même hypothèse que Claude Archambault pensant au Junker 88 S1 abattu dans la matinée du 7 novembre 1943 vers 11H45. Marcel Van Heijkop qui écrit actuellement un livre sur le KG66 a été en contact  avec des membres de l’équipage de ce Junker 88 afin de recueillir leur témoignage pour son ouvrage. Ils lui ont affirmé qu’ils avaient été attaqués et abattus par des P-47 Thunderbolt le 7 novembre 1943 dans le secteur de MONTDIDIER. À priori aujourd’hui il semble sûr à 99,99% que ces restes d’avion proviennent bien du Junker 88 S1 werk nummer 140603 du I./KG66 Z6+GH. Cet appareil et son équipage étaient  basés sur le terrain de MONTDIDIER / FIGNIERES, ce 7 novembre 1943 ils se font surprendre par les P-47 du 355ème F.G de la 8ème A.F. des USA. L’équipage allemand parviendra à sauter en parachute mais le radio, assommé, trouvera la mort lors du saut. Il sera inhumé dans le cimetière de MONTDIDIER tombe n° 106.

 

Ce 7 novembre 1943 à 11H45 entre MONTDIDIER et AMIENS, le capitaine Norman E. Olson du 357FS – 355FG à bord de son P-47 Thunderbolt # 42-8413 rencontrera par hasard ce Junker 88 et le détruira en ouvrant le feu sur lui. C’était la première victoire de ce pilote. Dans son rapport il indiquera avoir abattu un Me 210. Étant donné les mauvaises conditions météorologiques et le manque de visibilité et même simplement au cours des conditions extrèmes de ces combats il est très fréquent de trouver ainsi des erreurs dans l’identification d’avions revendiqués abattus. Le capitaine Olson sera crédité de 6 victoires mais sera abattu à son tour le 6 avril 1945 par la Flak.

La météo était exécrable, 6 P-47, dont 5 du 355e FG, seront portés manquants. Deux de ces P-47 se sont posés en catastrophe en Normandie, deux autres seraient tombés en mer à court de carburant.

Domfront - 7 septembre 2012 000.jpg
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