Résumé de Pierre Ben & Jean-Pierre Ducellier

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Le 19 janvier 2010, le Capitaine Michel Colling, Adjoint au chef du centre de déminage de la Sécurité Civile d’Amiens effectuant une mission de prospection en vue de dépolluer un projet de chantier éolien au Sud de Roye appelle Pierre Ben pour lui indiquer que l’agriculteur exploitant la parcelle lui a signalé qu’un avion s’était écrasé dans son champ lors de la seconde guerre mondiale.

Le lendemain 20 janvier, Michel Colling signale à Pierre Ben que son équipe a trouvé, lors de l’intervention, un moteur d’avion juste sur le passage d’accès à la future éolienne.

Pierre Ben, tout en se rendant sur les lieux, va d’abord penser qu’il pourrait s’agir de l’un des moteurs d’un Leo 451 tombé sur le territoire de Beuvraignes le 6 juin 1940, territoire qui jouxte celui de Roye … Mais, arrivé sur place, il va découvrir, à sa grande surprise, que ce moteur est composé de 9 cylindres. Il ne s’agit donc pas d’un moteur du type Gnome et Rhône 14N se trouvant jadis sur le Leo 451.

Le moteur n’était pas enterré profondément, environ à 80 cm. Il ne possédait plus de culasses. Il ne restait que les parties métalliques du moteur, bloc moteur et cylindres.

A proximité, les démineurs découvriront quelques parties des pots d’échappement, deux tiges de commandes des culbuteurs, ce qui, selon Pierre Ben, est un bon indice permettant d’éliminer les types de moteurs sans soupapes.

Quatre morceaux de capot en inox entourant le moteur et le cadre du bâti moteur seront également retrouvés. Toutes ces pièces métalliques sont cependant très corrodées.

Il restait à nettoyer le moteur, trouver les indices, chercher les contacts spécialisés dans les relations de la petite équipe de Somme-Aviation 39-45, se renseigner dans les forums Internet, afin de trouver des pistes permettant d’identifier ce moteur et en même temps essayer de trouver un avion équipé de ce genre de moteur qui se serait écrasé dans cette zone. Vaste programme !

Ce moteur aurait pu correspondre par exemple à un Bristol Mercury qui équipait le Blenheim ou un Wright R 1820 qui équipait les B17. En effet, avec 9 cylindres, peu de modèles différents ont existé.

Pierre Ben et ses amis vont finalement se rendre compte qu’il s’agit là d’un Wright
R 1820-97 qui équipait le B17 "Flying Fortress".

Sur les capots en inox, après un dépliage effectué par Albert Berthet, dépliage très difficile à réaliser à cause de la consistance de l’inox, il devint possible de lire des marquages en langue anglo-saxonne mis en peinture, de "style pochoir", très fragiles au toucher.

Le premier porte les indications suivantes : R.H. INBOARD, ASSY 55-7672, SERIALNO. 2554, 15-7072, ce qui veut dire que le sens de rotation de l’hélice est à droite et que c’est le moteur interne, donc le n° 3. Le numéro suivant indique qu’il s’agit d’un segment d’assemblage du capot.

La seconde pièce en inox porte le numéro 15-7609-4 etcorrespond à l’ensemble qui forme l’admission d’air du carburateur.

Pierre Ben enverra immédiatement ces renseignements au Dr Archambault. Ce dernier, qui possède une documentation technique extrêmement importante, lui confirmera tout de suite qu’il s’agit bien des capots de protection d’un moteur B17 et lui précisera qu’il s’agit bien du moteur n° 3 tout en lui fournissant.

Entre temps, Alain Boutté avait posé la question sur le forum spécialisé "Aéroforum" et grâce à l’alésage des cylindres fournis, un internaute lui indiquera qu’il s’agit bien d’un moteur Wright R 1820-97.

Restait donc maintenant à Pierre Ben de découvrir quel était ce B17 tombé à
2 kilomètres au Nord-Est de Beuvraignes mais néanmoins sur le territoire Roye.

Après avoir feuilleté le livre de Marcel Mavré répertoriant les chutes d’avions dans le département de l’Oise, Pierre Ben, y découvrit qu’un B17 était tombé le 8 février 1944 à proximité de l’aérodrome de Roye / Amy.

Pierre Ben appela donc le Dr Jean-Pierre Ducellier, très intéressé par le déroulement des missions aériennes, afin de lui demander s’il possédait des informations sur cet avion. Il fut en mesure de confirmer que le mardi 8 février 1944, le
B17 G # 42-39782 du 379e Bomber Group
de la 8e Air Force s’était effectivement écrasé à 10h30 à proximité d’Amy, 6 km au Sud-Est de Roye, dans laSomme, àquelques centaines de mètres du département de l’Oise.

Le Dr Archambault envoya pendant ce temps là un rapport de gendarmerie qui confirma encore une fois le lieu, le jour et l’heure du crash de ce quadrimoteur.

Guy Troché accompagné d’Albert Berthet se rendit pour sa part à Laucourt, petit village près de Beuvraignes. Ils y rencontrèrent un ancien agriculteur, M. Grenier, qui se souvenait bien de la chute de cet avion qui était allé s’écraser en bordure de la route départementale D 221. M. Grenier ne connaissait pas la date de la chute de cet avion mais s’était rendu sur place, à l’endroit exact où les démineurs avaient trouvé ce moteur.

Guy Troché prit ensuite contact avec une autre connaissance de Roye, M. Jacques Jouard qui, lui aussi, avait été témoin de ce crash. M. Jouard se trouvait alors dans la cour de l’école lorsqu’il avait vu le B17 arriver de l’est / Nord-Est en feu et s’était également rendu sur place.

Pierre Ben contacta alors le propriétaire de la parcelle, M. Dupuis, âgé de 10 ans à l’époque. Ce dernier se souvenait d’un avion qui s’était écrasé à cet endroit. D’ailleurs, au cours de sa carrière professionnelle d’agriculteur, il trouva des pièces d’aluminium et des balles de 12,7 mm en travaillant sa parcelle de terre. Tous ces témoignages confirmaient encore une fois qu’il s’agissait bien de ce
B17 G "Forteresse" tombé le 8 février 1944.

Pierre Ben contacta, par la suite, notre ami Pierre Watteeuw en Belgique pour connaître les revendications de victoire de la Luftwaffe au cours de la matinée du
8 février 1944 car 6 B17 au moins avaient été abattus dans cette région au Sud de la Somme.

La revendication d’une victoire sur un B17 de l’Ofw Karl-Heinz Munsche du 9/JG2 à 10h30 correspondait parfaitement aussi bien pour le lieu que pour l’heure du combat aérien. Il ne pouvait s’agir encore une fois que de ce B17# 42-39782 du 379e Bomber Group.

Une photo sur internet précisait que ce B17 portait le nickname "PISTOL PACKIN’MAMA" et grâce au MACR ( Missing Air Crew Report ) que possédait le Dr Jean-Pierre Ducellier, nous avions également le serial de ce moteur n° 3 : 4364813.

La boucle était encore une fois bouclée. Recherche passionnante !

Il nous restait donc maintenant à essayer d’en savoir un peu plus sur ce qui s’était réellement passé dans le ciel de notre Picardie ce mardi 8 février au matin.

Décryptant les volumineux documents de la 8e Air Force, le Dr Jean-Pierre Ducellier parvint à retracer cette Opération 214 au cours de laquelle les B17 de la Première Division et de la Troisième Division de bombardement allaient attaquer Francfort-sur-le-Main. Nous en donnons le détail ci-après.

Comme nous l’avons dit précédemment, pendant ce temps, Alain Boutté et Pierre Ben avaient réussi à obtenir une photo du nickname de cet avion "PISTOL PACKIN’ MAMA" mais également une photo de ce B17.

Une petite surprise nous attendait cependant car le MACR présentait cet avion comme faisant partie du Squadron 527 comme d’ailleurs les membres d’équipage.

Et ce B17 G# 42-39782 présentait sur son fuselage les lettres L F, c'est-à-dire celles du Squadron 526 !

Une erreur s’était donc glissée au niveau du MACR dans la présentation de l’avion.

Cet avion étant donc bien du Squadron 526 mais avec un équipage, probablement de remplacement, provenant du Squadron 527.

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